Une religion est un système de pratiques et de croyances en usage dans un groupe ou une communauté.

 

Il n’y a pas de définition qui soit reconnue comme valable pour tout ce qu’il est permis aujourd’hui d’appeler religion.

 

Le terme latin religio a été défini pour la première fois par Cicéron comme « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine et de lui rendre un culte ». Dans les langues où le terme est issu du latin, la religion est souvent envisagée comme ce qui concerne la relation entre l’humanité et une ou plusieurs divinités.

 

Dans le Coran, le terme dîn, qui peut être considéré comme équivalent de celui de religion, désigne avant tout les prescriptions de Dieu pour une communauté.

 

En chinois, le terme zōng jiào, inventé au début du XXe siècle pour traduire celui de religion, est connoté de l’idée d’un enseignement pour une communauté.

 

Le bouddhisme est souvent considéré comme une religion bien qu’il n’y soit question ni de Dieu, ni de nature divine.

 

La religion peut être comprise comme les manières de rechercher — et éventuellement de trouver — des réponses aux questions les plus profondes de l’humanité. En ce sens elle se rapporte à la philosophie. Mais elle peut aussi être vue comme ce qu’il y a de plus contraire à la raison et jugée synonyme de superstition. Elle peut être personnelle ou communautaire, privée ou publique, liée à la politique ou vouloir s’en affranchir. Elle peut aussi se reconnaître dans la définition et la pratique d’un culte, d’un enseignement, d’exercices spirituels et de comportements en société. La question de savoir ce qu’est la religion est aussi une question philosophique, la philosophie pouvant y apporter des éléments de réponse, mais aussi contester les évidences des définitions qui en sont proposées. Ainsi, la question de savoir ce qu’est une religion est une question ouverte.

 

Historiquement, les religions conçues comme des ordres dans lesquels est recommandé ce qu’il faut faire et ce qu’il faut croire, sont apparues avec les partis religieux s’opposant les uns aux autres dans l’Europe du XVIe siècle. Ces partis sont en premier lieu ceux catholique et protestant, ainsi que la diversité des confessions protestantes. L’usage de désigner ces partis comme « des religions » apparaît à la fin du XVIe siècle, tandis que, par extension, il commence aussi à être question de « religions » à propos de l’islam, du bouddhisme, du taoïsme, de l’hindouisme et toutes les religions du monde depuis les origines de l’humanité. La transformation de l’expérience religieuse des Européens a été reprise à l’époque des Lumières dans un questionnement présupposant une essence de la religion en amont de toutes les religions historiques. Dès lors a commencé à se poser la question toujours irrésolue de savoir ce qu’est la religion ou une religion en fonction des innombrables religions du monde.

 

Elle est l’objet des recherches universitaires en sciences humaines. Des disciplines telles que l’histoire, la sociologie, l’anthropologie ou la psychologie, étudient ce qu’on nomme le fait religieux sans pour autant s’appuyer sur une définition qui correspondrait de manière homogène à tout ce qui est ainsi étudié.

 

La religion est un phénomène culturel complexe qui touche toutes les sociétés humaines, quoique dans des proportions très diverses. Raison et foi semblent s’opposer et il nous faudra en questionner le rapport pour comprendre l’attrait qu’elle exerce sur les Hommes.

 

  1. Origines et formes de religion
  2. ֤Définition
  3. Étymologie

Du latin « religare » (relier) et « religere » (recueillir): la religion relie les hommes à Dieu ou les hommes entre eux, de même qu’elle a renvoie à l’idée d’une attitude spirituelle. La religion a donc à la fois un aspect social (rituels, communauté de croyants) et un aspect individuel (la piété et la foi).

  1. Sociologie

Durkheim reprend ces deux aspects dans sa définition, à savoir la distinction entre sacré et profane et la dimension collective ou sociale de la religion. Il note la division du monde entre réalités sacrées et réalités profanes comme dénominateur commun de toutes les religions.

  1. Origines et évolution
  2. Une intuition

Avec le culte des morts, toutes les sociétés humaines font face à leur finitude et avec elle à un au-delà auquel on va chercher à donner sens. D’où les premières divinités anthropomorphes (qui ressemble à l’homme). L’homme à l’intuition d’un quelque chose qui le dépasse, une transcendance au dessus de lui.

  1. Un processus évolutif

Selon Comte l’humanité est passée par trois états successifs : l’«état théologique» (subdivisé en animisme, polythéisme et monothéisme) où l’homme explique tout par une entité extra-naturelle, l’ « état métaphysique », où il cherche les causes des phénomènes réels dans la volonté de la nature et l’ « état positif ou scientifique », où au lieu de rechercher les causes on en recherche simplement les lois scientifiques. L’État positif correspond donc à une dé-spiritualisation et une objectivisation du réel.

  1. Raison et foi
  2. Opposition

Pour Pascal la croyance s’oppose à la raison, qui a besoin de preuves et d’explications. Il y aurait d’un côté les « vérités du cœur » (les croyances) et de l’autre les « vérités de raison ». D’où le rejet par nombre de penseurs et scientifiques de la religion comme une fable sans preuve destinée aux crédules.

  1. Conciliation

Plutôt que de rejeter la raison peut chercher à éclairer le mystère de la foi (théologiens). Pour Einstein « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. ». D’aucuns y voient simplement deux manières différentes d’appréhender le monde : « « Les dieux sont nos métaphores, et nos métaphores sont nos pensées. » (Alain).

III. Critiques de la religion

  1. Les Lumières

Les philosophes des Lumières dénonce l’obscurantisme dans lequel la religion plonge les Hommes : pratiques rétrogrades, croyances absurdes… Optique d’émancipation : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » (Kant).

  1. Soupçon philosophique

C’est « l’opium du peuple » selon Marx : une illusion née de l’esprit des Hommes afin de combler un manque. Instrumentalisée par le pouvoir, elle sert de « bonheur illusoire du peuple » afin de le consoler de sa misère réelle.

  1. Dénonciation philosophique

L’illusion religieuse est alors le symptôme ou le produit d’autre chose :

 

l’homme est un « fabricateur de dieux » qui a inventé la religion à cause de son délire et pour se consoler dans un au-delà merveilleux (Nietzsche),

La religion s’explique par l’angoisse psychologique face à « l’impression terrifiante de détresse infantile » et le besoin d’être protégé par une figure paternelle protectrice : le bon Dieu (Freud).

 

Conclusion : La religion se révèle être un fait social. Aujourd’hui la question n’est plus celle de la dialectique entre foi et raison. Au-delà de la montée des intégrismes religieux, il semble bien l’homme est incapable de s’affranchir de tout sentiment religieux ?

 

La religion n’est-elle qu’une illusion ?

 

La religion nous demande d’adhérer sans preuves à l’idée d’un être supérieur, infiniment bon. Il semble qu’on sorte d’emblée par là du champ de la raison, puisqu’un jugement n’est rationnel que s’il se fonde sur une démonstration ou une expérience.

 

Mais est-il si irrationnel de croire en un Dieu transcendant et supérieur à nous ? Ne s’agit-il là que d’une illusion ?

 

 

La religion comme illusion – Marx

 

Lorsque Marx affirme « la religion est l’opium du peuple », il compare la religion à une illusion, visant spécifiquement une certaine classe sociale : le peuple.

 

Qu’est-ce que l’opium ? Il s’agit d’une drogue, dont l’effet immédiat est d’endormir celui qui l’absorbe, le plongeant dans un sommeil profond peuplé de rêves étranges et effrayants.

 

Comparer la religion à l’opium, ce serait donc affirmer que la religion a pour but d’endormir le peuple, l’empêchant de se révolter face à une situation sociale injuste. Il s’agirait d’une ruse des classes dirigeantes, la classe bourgeoise, pour prévenir toute révolte de la part des prolétaires. Autrement dit : pour empêcher que ceux qui ne possèdent que la force de travail de leurs bras ne s’approprient les moyens de production (machines, ateliers) possédés par les bourgeois, qui leur louent.

 

En quoi la religion aurait-elle ce pouvoir anesthésiant ?

 

La religion incite à ne pas chercher le bonheur dans cette vie, ici et maintenant, dans notre réalité quotidienne, mais dans une autre réalité, accessible uniquement après la mort. Le bonheur n’est pas à chercher au présent, il ne se conjugue qu’au futur.

 

Pour atteindre ce bonheur promis, il faut respecter certaines valeurs, adopter certains comportements : l’humilité, le pardon, la pauvreté, la non-violence… Comme on le voit, ces valeurs sont tout à fait favorables aux classes dirigeantes, et empêchent toute révolte pour modifier l’état social existant, même s’il est injuste. Si le christianisme incite à la charité les dirigeants des classes supérieures, il ne vise pas l’instauration d’un ordre social différent dans lequel la charité serait inutile.

 

Une illusion n’est pas simplement une erreur, il s’agit d’une erreur à laquelle on a tout intérêt de croire. On désire croire en une illusion ; ce qui n’est pas le cas d’une simple erreur. C’est ce qu’a relevé Freud, qui dans l’Avenir d’une Illusion note : « Ce qui caractérise l’illusion, c’est d’être dérivée des désirs humains ». 2+2=5 est une erreur, tandis que Christophe Colomb qui croit découvrir l’Amérique est dans l’illusion : il a envie que sa croyance (fausse) soit juste.

 

Si la religion est une erreur qui sert les intérêts des classes dirigeantes, en quoi peut-elle correspondre à un désir des classes inférieures ? En quoi le peuple peut-il désirer être trompé ainsi ?

 

Cela vient de ce que la religion lui ôte la responsabilité angoissante de prendre son destin en main et de lutter pour changer l’ordre des choses. La religion le délivre de l’angoisse de la liberté.

 

C’est là un gain à court terme qui correspond à un désir réel et fait de la religion une illusion. Il est difficile de secouer ses chaînes et de se libérer, ainsi que Marx le remarque dans la Critique de la Philosophie du droit de Hegel :

 

L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence de son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions.

La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. La critique a dépouillé les chaînes des fleurs imaginaires qui les recouvraient, non pour que l’homme continue à porter des chaînes sans fantaisie, désespérantes, mais pour qu’il rejette ces chaînes et cueille les fleurs vivantes.

La critique de la religion détruit les illusions de l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l’âge de la raison

 

 

Néanmoins, on peut remettre en cause l’idée selon laquelle le concept d’un Dieu, à savoir d’un être infini et parfait, serait dépourvu de toute rationalité.

 

En fait nombreux sont les arguments rationnels qui peuvent prouver l’existence d’un Dieu. En ce sens, raison et foi seraient conciliables, et la religion ne serait pas l’illusion que dénonce Marx.

 

 

Les arguments rationnels pour prouver l’existence d’un Dieu

 

La métaphysique est la discipline qui prend pour objet ce qui dépasse l’expérience du monde sensible, ce qui est « au-delà (meta) du physique ». Dieu, l’âme, l’infini, en font partie.

 

Les métaphysiciens ont essayé de prouver l’existence de Dieu, en utilisant plusieurs types d’arguments.

 

Kant en identifie trois sortes dans la Critique de la Raison pure :

 

-l’argument physico-théologique : la beauté du monde, l’ordre qu’on trouve en celui-ci, prouvent l’existence de Dieu. La matière seule, assistée du simple hasard, ne peut parvenir à créer l’univers dans la Beauté et les lois harmonieuses et constantes que nous lui connaissons.

 

-l’argument cosmologique : tout a une cause. Mais si tel effet a une cause qui elle-même a une cause, qui elle-même a une cause, etc., alors pour éviter une régression à l’infini, il faut bien parvenir à une cause première : Dieu.

 

-l’argument ontologique : repris par Descartes de Saint Anselme, il peut se résumer ainsi : Dieu désigne le concept d’un être parfait. Or ce qui existe est plus parfait que ce qui n’existe pas. Donc Dieu existe. Son existence se déduit de sa perfection même.

 

Comme on le voit, il existe plusieurs arguments rationnels pour fonder l’existence de Dieu. Ce qui montre que la religion n’est pas une illusion. Ce n’est pas simplement notre désir ou nos intérêts qui nous amènent à croire en l’existence d’un Dieu suprême, mais notre raison elle-même.

 

Cependant, Kant a montré que la métaphysique ne constituait pas une authentique connaissance, mais relevait de la simple croyance. En effet, une connaissance nécessite l’union d’un concept et d’une intuition, or la métaphysique est une science qui repose sur le simple concept : aucune intuition ou expérience ne peut venir remplir ou fonder ces concepts.

 

La religion retomberait-elle, avec la métaphysique, au rang de simple illusion ?

Non : on peut imaginer un certain type de rationalité, le calcul, qui nous amène à croire en Dieu. Telle est le sens du célèbre pari de Pascal.